Article de Midi Libre sur le congrès IRRP 2015

ML

Gard : en Cévennes, les pionniers de la vision bionique

Gard : en Cévennes, les pionniers de la vision bionique
Jean, patient implanté, avec le Dr Ishaque (Pixium) et Arielle Dumas (IRRP).

Photo R. B.

 

A Bessèges, samedi 16 mai, chercheurs, médecins et patients souffrant de rétinite pigmentaire se sont réunis lors du congrès de l’IRPP. L’occasion de faire un point sur les avancées technologiques.

De lourdes lunettes noires cachent son regard et recèlent surtout une partie de la technologie de pointe qui lui a permis de retrouver quelques parcelles de vision. Jean, 70 ans, fait partie du cercle très fermé de Français – une dizaine depuis 2008 – ayant reçu des implants de rétine.

Soit une cinquantaine d’électrodes couplées à une puce électronique, le tout implanté à l’arrière de l’œil, près du nerf optique, et permettant de transmettre au cerveau les signaux émis par la caméra fichée dans les lunettes. Pas de miracle, Jean, aveugle depuis un quart de siècle en raison de l’évolution de la rétinite pigmentaire qui l’affecte, n’a vraiment pas retrouvé la vue.

« Maintenant, je revois des petites choses »

Mais, samedi, face à une centaine de personnes réunie à l’occasion du congrès de l’IRRP (Information recherche rétinite pigmentaire), le septuagénaire, opéré en mars 2013, a expliqué ce qu’il ressentait, ce qu’il pouvait percevoir : « Maintenant, je revois des petites choses. »

CHU de Nîmes et Montpellier, Aramav et Pixium, de concert

Les flashs ou point lumineux que son cerveau reçoit lui permettent en substance de discerner les contours des objets. « J’arrive à attraper une boîte d’allumettes sur une table », image ce pionnier.

Implanté au Pixium Vision

Mais il lui est parfaitement impossible de reconnaître une personne ou même de désigner précisément un objet. Jean est le premier français implanté par Pixium Vision. Cette société installée tout près de l’Institut de la vision, à Paris, développe depuis la fin des années quatre-vingt-dix, une technologie allemande, Iris.

Pour l’heure, elle a implanté cinq personnes, trois en France, une en Allemagne, une en Autriche, et compte bien rapidement jouer dans la cour des grands, où règne le précurseur Second Sight.

Innovation cadrée par le ministère de la Santé

Cette entreprise américaine a ainsi pu intégrer le forfait innovation, cadré par le ministère de la Santé, qui prévoit les remboursements de 36 implantations par an (près de 100 000 € par cas). « Nous avons désormais des niveaux de tests équivalents, voire supérieurs à ceux de nos concurrents », assure le Dr Khalid Ishaque, qui fait partie de l’équipe de 35 chercheurs et ingénieurs qui planchent à Pixium sur « la vision bionique ».

La société française, qui finance pour l’heure ses opérations, fait cause commune avec les CHU de Nîmes et de Montpellier, ainsi que l’Aramav (clinique de rééducation visuelle, à Nîmes). Ce pôle médical gardo-héraultais va implanter ses premières prothèses de rétine (et assurer la rééducation) d’ici à quelques mois (Midi Libre du 29 avril) et aspire à rejoindre à terme les centres de Paris, Bordeaux et Strasbourg qui ont accès au fameux forfait innovation.

« Le système Pixium a le grand avantage d’implanter dans l’œil un support qui pourra être évolutif », souligne le Dr Gérard Dupeyron, médecin chef à l’Aramav et patron du service ophtalmologie du CHU de Nîmes. Le docteur Ishaque abonde : « Nous prévoyons de passer de 50 électrodes à 150 pour une bien meilleure définition. »