Prévention par l’alimentation et les oméga-3

Les pistes nouvelles ouvertes par les omega-3

Dr Isabelle Aknin – Ophtalmologiste Cannes (06400)

Peut-on par l’alimentation limiter l‘impact des maladies rétiniennes ? Telle est la question qui a été posée lors de la réunion d’Ophtabiotech qui a eu lieu à Cannes le 30 septembre 2016.

Si la nutrition ne peut pas être considérée comme causale des maladies rétiniennes, une nutrition déséquilibrée peut, dans certains cas, aggraver un équilibre déjà instable, car la rétine est malade.

Le métabolisme local est complexe, et de nombreux nutriments sont impliqués dans le fonctionnement de la rétine. Les nutriments évoqués lors de cette réunion sont les omega-3, mais ils ne sont pas seuls en cause dans le métabolisme rétinien. Il n’y a pas un, mais des omega-3, et leurs rôles au niveau rétinien se situent à plusieurs niveaux. Les omega-3 sont des éléments constitutifs des cellules rétiniennes, en particulier des photorécepteurs, dont les membranes sont largement constituées d’omega-3.

Il faut comprendre que les membranes cellulaires sont formées par une double couche d’acides gras, double couche à travers laquelle les enzymes et les transporteurs naviguent pour faire passer des nutriments de l’extérieur vers l’intérieur de la cellule, et des déchets cellulaires vers l’extérieur. Comme les omega-3 sont très souples (car polyinsaturés) leur présence dans les membranes permet un haut niveau d’échange dans tous les segments des cellules. Ainsi, 34% des photorécepteurs sont en DHA (acide docosahexaénoique). Pour réparer des photorécepteurs endommagés, il faut un apport d’omega-3 qui servira de « brique » pour la reconstruction. En tous cas, quand le métabolisme local n’est pas trop endommagé pour utiliser ces briques. Quoiqu’il en soit, même si le métabolisme est altéré, un déficit en « briques » ne pourra qu’aggraver la situation, d’où l’intérêt d’assurer un apport de bonne qualité, et en quantité suffisante.

Comprenons ici que les photorécepteurs étant des cellules nerveuses, ils ne se multiplient pas, mais qu’ils sont réparés en permanence : élimination des structures altérées, et synthèse de nouvelles structures « à neuf ». Ce mécanisme s’appelle l’autophagie. Un apport d’omega-3 est nécessaire pour permettre la réparation après élimination des molécules abimées par les phénomènes d’autophagie. L’apport des omega-3 est essentiellement alimentaire, il n’y a que 5% de recyclage local (réutilisation des omega-3 récupérés lors de la destruction des structures endommagées).

Les omega-3 jouent aussi un rôle dans la photo-transduction, c’est-à-dire les modifications moléculaires qui permettent de transformer un signal lumineux en influx nerveux. La photo-transduction a lieu en permanence, et pour que les images ne soient pas figées, le renouvellement est extrêmement rapide. La souplesse membranaire est alors essentielle.

Il a été démontré qu’une inflammation locale aggravait les maladies rétiniennes, en particulier la DMLA et la rétinopathie diabétique. Limiter cette inflammation locale est utile.

Or les omega-3 sont intéressants à plusieurs titres : certains omega-3 (EPA en particulier) sont précurseurs de molécules directement anti-inflammatoires, parce qu’ils aident les phénomènes d’autophagie, parce qu’ils sont précurseurs de molécules protectrices, comme les neuro-protectines (en particulier la neuro-protectine D1, issue du DHA).

Ils jouent un rôle de co-facteur dans la transcription cellulaire (premier stade de la synthèse des protéines, avec transcription (la lecture des ADN en ARN), puis traduction des ARN en protéines) et enfin, parce qu’ils sont directement anti-angiogéniques. Le DHA limite la migration et la prolifération des cellules endothéliales en conditions hypoxiques, comme cela a été montré par Sharma et al (ARVO 2015 Abstract #21). Les omega-3 favorisent aussi l’absorption et la fixation rétinienne des pigments maculaires, lutéine et zéaxanthine, comme cela a été montré par l’étude Limpia réalisée à Bordeaux, et publiée en 2015. (Bénédicte Merle ARVO 2015 abstract 6137). Les pigments maculaires sont des antioxydants puissants qui protègent la rétine.

Les apports nutritionnels recommandés en omega-3 ont été revus à la hausse par les experts de l’AFSSA, devenu l’ANSES : apport de DHA de 250 mg/J et d’EPA de 250 mg/J. Cela représente une valeur de l’ordre de 1% de l’apport calorique journalier total. Ors en France, la portion de l’apport calorique couvert par les omega-3 n’est que de 0 ,13%. Soit 8 fois moins que l’apport recommandé.

Les apports sont difficiles à assurer car les sources d’omega-3 ne sont pas facilement disponibles. On distinguera :

L’acide linolénique contenu dans les huiles végétales:

Lin, colza, noix, germe de blé, soja

Les légumes verts à feuille : mâche, laitue, pourpier

Les aliments de la ligne bleu blanc cœur

Les oméga-3 à longue chaine : EPA/DHA que l’on trouve dans les micros-algues et poissons gras.

À part, le cas des œufs enrichis en W3 dont le type d’omega-3 dépendra de l’apport alimentaire des poules : acide linolénique si elles sont nourries avec des végétaux, EPA/DHA si elles sont nourries avec des micro-algues.

L’ANSES conseille d’augmenter la consommation d’aliments qui contiennent ces sources d’omega-3, pour améliorer l’équilibre entre omega-6 et omega-3. Mais cet équilibre doit être approché en augmentant la consommation de poisson, et surtout de ne pas diminuer les apports en omega-6, en remplaçant ces apports en omega-6 par des acides gras trans (comme dans certaines margarines). Les omega-6 ont aussi un rôle dans la souplesse des membranes, et dans l’équilibre pro et anti-inflammatoire

Pour ce qui concerne spécifiquement la protection rétinienne, et en particulier la prévention de la DMLA néovasculaire, l’étude AREDS II a montré qu’un apport en acides gras de synthèse (éthyle-ester) n’a aucun rôle préventif, contrairement aux résultats de l’étude NAT qui a prouvé un effet préventif des omega-3 sous forme de triglycérides (forme naturelle des omega-3), plus riches en DHA qu’en EPA. La qualité des acides gras que l’on consomme est essentielle, et il faut s’assurer que l’on a bien un apport d’omega-3 naturel.

Enfin l’étude POLA, en comparant la population qui mange du poisson plus d’une fois par mois à une population dont la consommation de poisson est inférieure à 1 fois par mois a montré que consommer du poisson plus d’une fois par mois est protecteur contre la DMLA.

Les nouvelles recommandations de l’ANSES sont plutôt de consommer du poisson (gras de préférence) plusieurs fois par semaine.

En conclusion, les omega-3, par la diversité de leurs rôles, sont indispensables au métabolisme rétinien. Les besoins sont rarement couverts par les apports. Il est nécessaire d’augmenter notre consommation quotidienne d’omega-3, en particulier de poissons gras, que l’on devrait idéalement consommer plusieurs fois par semaine. Enfin, les omega-3 étant des molécules fragiles, il est utile de les consommer en même temps que des vitamines anti-oxydantes : vitamine E et vitamine C, et dans un but de protection rétinienne, d’associer omega-3 avec la consommation de pigments maculaires : lutéine et zéaxanthine.