L'institut de la vision à Paris en 2007
En 2007, Paris sera doté d'un centre de recherches sur les maladies oculaires comparable au prestigieux Institute of Ophthalmolgy de Londres. Explications...
Depuis trois à quatre ans, l'INSERM, l'Université Pierre et Marie Curie, le ministère de la recherche et le Centre hospitalier national d'ophtalmologie (CHNO) des Quinze-Vingts affichent la volonté de structurer l'espace de recherche et de développement sur la vision autour d'un pôle de dimension internationale. C'est ainsi qu'est né le projet d'un institut dédié à la recherche sur les maladies oculaires, baptisé désormais Institut de la vision.
L'institut devrait ouvrir ses portes en mai 2007 dans un nouveau bâtiment construit sur le site du CHNO des Quinze-Vingts sur une surface de 5 500 m². Le soutien de la ville de Paris et de la région Ile-de-France est acquis. Restent quelques étapes administratives qui sont « en bonne voie », selon José-Alain SAHEL, qui porte le projet depuis 2002, puis l'obtention du permis de construire. Si tout se passe comme prévu, le bâtiment pourrait commencer à s'élever début 2006.
Le montage de l'opération fait appel à un montage rendu possible par une ordonnance de 2003, le « bail emphytéotique hospitalier » (BEH), qui permet de faire financer la construction du bâtiment (soit 20 M€ environ) par un opérateur privé sur un terrain mis à disposition gracieusement par le CHNO des Quinze-Vingts : en échange des revenus locatifs, le titulaire du bail devra maintenir le bâtiment à l'état neuf (fonctionnel) et celui-ci reviendra au CHNO à l'issue du bail, c'est-à-dire au bout de vingt-cinq à trente ans.
Plateaux techniques à satiété
L'institut fonctionnera avec des plateaux techniques communs (animalerie, analyse du transcriptome, du protéome, bioinformatique, imagerie, tests comportementaux, électrorétinogramme, étude des canaux ioniques par patch-clamp, etc...). Ainsi l'animalerie aura une capacité de 5 000 rongeurs, avec un secteur protégé d'élevage hébergeant des animaux « exempts d'organismes pathogènes spécifiques » (EOPS), et un secteur conventionnel d'expérimentation indépendant
La surface restante sera partagée à parité entre des laboratoires du secteur académique - dont l'équipe fondatrice, l'unité INSERM 592 dirigée par le Professeur SAHEL - et le secteur industriel. Du côté de la recherche académique, les groupes pressentis représentent la biologie du développement, les neurosciences visuelles, l'optique physiologique, le traitement de l'information, l'administration des médicaments, les sciences de l'ingénieur, et le handicap.
Le tour des équipes candidates est loin d'être terminé. Un appel d'offres international sera lancé à cette fin en 2006. Certaines équipes parisiennes s'interrogent sur le fonctionnement de l'institut, restant légitimement soucieuses de préserver leur indépendance. "
Pourtant, dans l'institut, chaque équipe aura une totale autonomie de travail et de gestion, même s'il y aura une mutualisation des moyens et un comité stratégique qui définira une politique commune. Notre souhait est que les chercheurs s'approprient l'institut, comme ils s'approprient leur travail. Le fonctionnement en centre de recherche, tel qu'il est préconisé par l'Inserm, assurera un fonctionnement qui fait ses preuves, sous l'égide de cet organisme" explique le Professeur SAHEL.
Ainsi, autre garantie d'indépendance, celle qui touche à l'évaluation scientifique : "
L'expertise scientifique serait internationale et sera réalisée par des scientifiques non partie prenante de l'institut, de façon à dissocier clairement l'évaluation de la pratique", souligne le professeur SAHEL.
La biotechnologie bon pied bon œil
Le versant industriel, quant à lui, s'appuiera sur une « interface incubateur » puis sur une pépinière déployée sur 2 000 m² environ. Les entreprises seront hébergées dans l'Institut de la vision pour une période renouvelable mais limitée, de façon à « éviter de rentrer dans le traquenard de l'incubateur à trois ans et à favoriser la poursuite des projets déjà bien mûris », précise J.A. Sahel. Les entreprises auront accès à l'ensemble des plates-formes techniques, au Centre d'Investigations Cliniques, ainsi qu'aux réseaux de recherche liés à l'institut. Plusieurs sociétés de biotechnologies ont d'ores et déjà fait acte de candidature. Des contacts ont été noués avec des compagnies américaines (Alcon, Allergan) et japonaises. Au total, l'Institut pourra accueillir une quinzaine d'entreprises.
Un deuxième bâtiment représentant 5000 m² sera construit en parallèle. Nommé « unité complémentaire locative », il constituera un hôtel d'entreprises ou une résidence hôtelière assurant l'hébergement de patients et de chercheurs.
Au total, 200 chercheurs, ingénieurs et techniciens académiques et autant dans les entreprises de biotechnologies graviteront dans l'institut dès sa mise sur orbite. On peut imaginer que 400 à 500 personnes travailleront à terme sur le site, projette le professeur SAHEL. De quoi valoir, effectivement, le coup d'œil.
Unité INSERM 592
- Marisol CORRAL-DEBRINSKI : Rôle de la mitochondrie dans la physiologie et pathologie de la rétine
- Serge PICAUD : Transmission de l'information visuelle, pharmacotoxicité rétinienne et neuroprotection pharmacologique
- José-Alain SAHEL et Thierry LEVEILLARD : Mécanismes de maintien de la viabilité et de la fonctionnalité des cônes, approches thérapeutiques
- Olivier GOUREAU : Etude des mécanismes moléculaires impliqués dans la différenciation des progéniteurs et des cellules souches de la rétine de vertébrés
- Jean François LE GARGASSON : Imagerie Rétinienne - Indépendance et Mutualisation