L'OCT, Tomographie en Cohérence Optique
Par le Docteur Hugues Romano, Ophtalmologue à Vauvert
Le progrès en Médecine repose sur un trépied invariant en matière de recherche :
- une recherche fondamentale, principalement de laboratoire, qui permet d'approcher au mieux les processus physio pathologiques impliqués dans la genèse des maladies,
- une recherche pharmacologique dont le rôle est de mettre au point tous les moyens susceptibles de lutter efficacement contre la maladie,
- une recherche plus technique dont le rôle est d'affiner les méthodes de diagnostic de la maladie. L'innovation apportée par l'OCT se situe à ce niveau.
Le principe physique de fonctionnement de cet OCT ( en français Tomographie en Cohérence Optique) est bien sûr complexe, mais on peut le résumer en disant que cet appareil permet des coupes microscopiques de l'épaisseur de toute les tuniques du globe oculaire, à savoir de l'avant vers l'arrière
Le vitré : c'est la structure normalement translucide qui occupe tous le pôle postérieur, c'est-à-dire la concavité postérieure du globe tapissée par la rétine.
La rétine : c'est la tunique noble de cette concavité postérieure oculaire puisqu'elle est chargée de la fonction sensorielle par les photorécepteurs.
La choroïde : encore plus en arrière, en contact très étroit avec la rétine, c'est la membrane nourricière de la rétine, en particulier au niveau de la macula où elle assure seule la vascularisation de la rétine.
En fait l'OCT permet aussi (et surtout !) d'étudier les rapports de ces structures entre elles, les zones de passage entre les différents tissus étant souvent primordiales dans le développement des différents processus pathologiques.
Enfin, je ne peux commencer mon exposé sans rappeler que la macula est la zone rétinienne située sur le trajet du rayon visuel principal ; c'est donc la zone qui permet la vision fine et la vision des couleurs ; elle présente 3 caractéristiques :
- Elle ne contient comme photorécepteurs que des cônes ce qui explique son importance dans la physiologie oculaire.
- Elle n'est nourrie que par la choroïde.
- Elle est plus mince que le reste de la rétine, présentant un aspect en « cupule ».
Jusqu'à maintenant, l'examen para clinique de la rétine et des autres tuniques oculaires reposait sur 3 types d'examen :
- L'angiographie à la fluoresceïne
- L'angiographie au vert d'indocyanine (ou ICG)
- L'échographie oculaire
Je passe très rapidement sur l'
échographie qui ne permet que très rarement une analyse intéressante de l'aire maculaire ; toutefois, l'étude de signes indirects liés à l'interaction des autres structures oculaires sur la rétine peut être parfois primordiale et cet examen n'est pas à négliger.
L'
angiographie à la fluoresceïne : d'un point de vue historique et médical, c'est l'examen de référence. L'examen commence par l'injection par voie intra veineuse d'un colorant, la fluoresceïne qui va diffuser dans tous les vaisseaux rétiniens et les différents tissus vascularisés oculaires ; l'examinateurs réalise des clichés photographiques tout au long des différents temps de l'examen. On obtient ainsi une "cartographie " assez précise de la rétine.
Si les avantages de cet examen dans le diagnostic et le suivi des problèmes maculaires sont indéniables, il existe toutefois des inconvénients non négligeables :
Tout d'abord cet examen impose l'injection intra veineuse d'un produit qui, même s'il ne présente pas de très grands risques toxiques, n'en demeure pas moins un produit allergisant qui peut être responsable d'effets secondaires quelquefois graves.
L'épithélium pigmenté rétinien qui maintient en contact la rétine et la choroïde fait barrage à la fluorescence choroïdienne empêchant une analyse correcte des autres tissus que la rétine.
L'
angiographie au Vert d'Indocyanine (ICG) : il s'agit ici aussi d'injecter un produit qui va se fixer au niveau de la membrane néo vasculaire. Le principal avantage de cet examen est de permettre de déterminer précisément la taille et la localisation de la membrane, car cet examen est le seul qui permet de visualiser la choroïde.
Mais cet examen présente plusieurs inconvénients : injection d'un produit même s'il est peu toxique, examen long (environ 30'), clichés souvent difficiles à interprêter.
Nous arrivons enfin à l'
OCT. Cet examen présente certains avantages non négligeables par rapport aux autres déjà décrits :
L'examen est simple, de réalisation rapide, sans injection de produit.
Sur le plan du diagnostic, il permet de différencier les néo-vaisseaux occultes des visibles, ce qui est essentiel dans la thérapeutique. Il permet également de mesurer précisément la taille de la membrane néo-vasculaire à traiter. Il met en évidence tous les phénomènes exsudatifs, témoins de l'évolutivité du processus pathologique, et montre exactement leur localisation au sein des tissus rétiniens. Enfin il met en évidence d'éventuelles lésions associées, rétiniennes ou vitréennes.
Sur le plan du pronostic et du suivi thérapeutique, il est également crucial en donnant la taille exacte de la membrane néo vasculaire, en permettant de déterminer avec précision l'ampleur et la localisation des phénomènes exsudatifs, mais surtout en montrant l'évolution des lésions après les différents traitements de la DMLA .
Le seul inconvénient majeur est la nécessité d'une participation active du patient, ce qui est souvent difficile quand on présente une altération de la fixation maculaire.
Cet examen est incontournable dans le cadre des bilans de DMLA, mais il rend également d'énormes services dans toutes les pathologies de la jonction rétino vitréenne ainsi que dans toutes les atteintes maculaires, en particulier dans le diabète ou l'hypertension artérielle.
En conclusion
L'OCT représente un examen incontournable dans la DMLA, autant au niveau du diagnostic que du pronostic et du suivi des différents traitements. Mais cet examen doit être couplé aux autres méthodes d'investigation, ce qui permet de se faire une représentation mentale en 3 dimensions de l'ensemble du problème maculaire.