Rencontrer un opticien spécialiste en basse-vision
Par Daniel DUPLEIX, Opticien
Lorsque l'on sait que sur les 10000 opticiens recensés sur le territoire, un peu moins de 10% ont choisi de se spécialiser dans ce domaine, on comprend mieux les difficultés que vous rencontrez dans la recherche de solutions utiles et adaptées à vos besoins. Cet article vous apprendra à mieux comprendre les motivations, les méthodologies, les solutions mises en œuvre, par ces professionnels, pour répondre aux besoins spécifiques de chacun d'entre vous.
Quid de l'opticien spécialisé
C'est un professionnel conscient que certains de ses clients souffriront un jour d'un déficit visuel grave et qui souhaite continuer de les aider. Il lui semble inacceptable, de ne pas rechercher comment préserver l'autonomie d'une personne, qui lui a toujours accordé sa confiance, le jour où survient une DMLA (dégénérescence maculaire liée à l'âge) ou tout autre affection oculaire.
L'accompagnement d'une personne malvoyante requiert, de la part de l'Opticien spécialisé, des qualités humaines, d'écoute, de bons sens, d'empathie, de désir d'aider l'autre. L'opticien, qui se spécialise en basse vision, le fait par conviction personnelle, sachant parfaitement que l'enrichissement humain l'emportera sur la rentabilité commerciale.
Il a ainsi fait le choix d'investir au sens large du terme :
- Sur le plan humain, en formant son personnel et en s'organisant pour dégager du temps nécessaire à la prise en charge de ces clients, en partenariat avec les autres professionnels de la vision et du handicap, Ophtalmologistes, Orthoptistes, Ergothérapeutes, Psychomotriciens, Instructeurs en locomotion, etc...
- Sur le plan financier, car il lui faut constituer et régulièrement actualiser un stock permanent d'aides techniques pour les essais et les prêts.
Spécificités de la personne malvoyante
C'est la plupart du temps une personne âgée, ayant fait un gros effort pour venir voir l'Opticien, à la fois sur le plan du déplacement physique (transport, accessibilité au magasin, foule) que psychologique (volonté d'autonomie, trouver une tierce personne pour accompagner).
Le magasin d'optique est un lieu agressif, rempli de lumières, de bien voyants qui se déplacent vite sans prendre conscience de la présence de la personne malvoyante, forcément plus lente, rien dans son apparence physique ne la distinguant des autres. Seul le spécialiste, saura la remarquer parmi les clients présents, en particulier par l'arrêt marqué après la porte d'entrée pour s'adapter à l'ambiance lumineuse et repérer les couloirs de circulation.
Ce court moment permet à l'Opticien spécialisé d'observer le comportement, la posture, les difficultés de déplacement du sujet. Il doit très vite aller vers lui pour l'accueillir, le rassurer et le conduire vers un lieu d'attente ou d'examen, moins agressif, l'aider à se débarrasser de son vêtement, lui proposer une boisson, lui expliquer le déroulement de la prestation.
Prise en charge optique proprement dite
En général un seul essai, d'une durée moyenne d'une heure, permet d'apprécier les capacités restantes vision de loin / vision de près et faire découvrir les solutions techniques adaptées aux besoins exprimés. Il est entièrement gratuit, même s'il ne débouche sur aucune solution. L'examen se décline en 3 temps, l'entretien préalable (20 minutes), le bilan optique (15 minutes) et les essais comparatifs (25 minutes), hors espace de vente, dans un endroit fonctionnel, spécifiquement dédié à ce type de travail.
La salle d'examen comporte : un éclairage tamisé de la salle, modulable par rhéostat, un éclairage modulable et sans reflet des tests de vision (à fort et faible contraste), un éclairage concentré pour les activités rapprochées, un siège d'examen confortable, différents tests et documents de la vie quotidienne (journaux, magazines, relevés bancaires, factures, posologies, cartes à jouer, mots croisés, aiguilles à tricoter, etc...) et des aides techniques présentes physiquement dans le lieu, facilement manipulables sans obligation de multiples déplacements du sujet .
Les différentes étapes du bilan optique sont :
- Etude de cas (durée de 20 minutes), permet de recueillir des renseignements généraux et spécifiques sur les difficultés et besoins visuels propres.
- Examen de vue vision de loin (durée de 15 minutes) : de la qualité de cet examen de vue optique spécifique, dépendront, à la fois, les performances en vision lointaine, avec ou sans filtres protecteurs et les capacités en vision rapprochée.
- Essais comparatifs (durée de 25 minutes) : Pendant les essais comparatifs des différentes aides techniques adaptées aux besoins, en fonction du grossissement utile déterminé dans la phase précédente, l'Opticien spécialisé essaie systématiquement des produits appartenants aux 3 types d'aides suivantes : loupes éclairantes, systèmes grossissants sur montures, systèmes grossissants électroniques.
Il observe en permanence les capacités d'adaptation à l'aide, en notant les handicaps visibles sur le plan :
- Corporel (tremblements, relation œil-main, nervosité, impatience, etc...)
- Intellectuel (projets visuels, compréhension, etc...)
- Structurel (pas de rééducateur proche, déplacement avec 1/3, etc...)
Il observe également la parfaite adéquation de l'aide aux souhaits, en fonction : de la motivation, du déficit (central ou périphérique), des besoins exprimés, du budget, de l'acceptation rééducative et de l'état général (fatigabilité, etc...)
Enfin il explique : le principe de la rééducation, prescrite par l'Ophtalmologiste, le principe du prêt de matériel, le coût des aides recommandées, les prises en charge éventuelles (CPAM, Maison des personnes handicapées, Agéfiph, Mutuelles et Assurances privées, etc...).
Partenariat avec les autres intervenants
Quelque soit la manière dont vous avez été orienté chez l'Opticien spécialisé, celui ci enverra un compte rendu de son bilan à l'Ophtalmologiste et à l'Orthoptiste. Après validation des propositions par le médecin, en accord avec l'Orthoptiste il mettra en place l'aide sélectionnée, à votre domicile, sous forme de prêt.
Les aides techniques
Le nombre d'aides techniques est aujourd'hui très important. En faire ici l'énumération ne vous apporterait qu'une information incomplète. La détermination de ou des solutions adaptées à vos besoins dépendent à la fois de la pathologie, du déficit engendré, du handicap provoqué, en bref de paramètres propres à votre personne, nécessitant cette prise en charge « sur mesure ». C'est tout le travail de l'Opticien spécialisé, par sa maîtrise du matériel, de vous aider à faire le bon choix.
La vente proprement dite sera effectuée sur le champ, pour le petit matériel (lunettes protectrices, loupes éclairantes, accessoires divers). Pour les aides plus sophistiquées, optiques (systèmes télescopiques) ou électroniques (agrandisseurs), vous prendrez la décision d'achat à l'issue de la période d'essai et rééducative.
Conclusion
Notre expérience nous confirme, chaque jour, que seule la personne malvoyante est capable d'appréhender les aides techniques dont elle pourra se servir. Pour l'aider dans ce choix, l'accompagnement d'un professionnel spécialisé, garantira la pertinence de ces acquisitions.
Si vous souhaitez rencontrer ces professionnels dont nos venons de décrire le travail, nous vous conseillons de contacter votre association qui vous transmettra les coordonnées des Opticiens membres de l'Ariba (Association des professionnels de la basse vision), proches de votre lieu de résidence. Pour prendre le temps de vous recevoir, il sera nécessaire de fixer un rendez-vous.
Daniel DUPLEIX - Lissac Opticien le Polygone - 34000 Montpellier