Amaurose congénitale de Leber : premier essai de thérapie génique
Une équipe de chirurgiens ophtalmologistes et de biologistes dirigée par le Pr Robin Ali (University collège de Londres) a annoncé, en mai dernier, avoir réalisé à l'Hôpital ophtalmologique Moorfields de Londres, la première thérapie génique destinée à restaurer la fonction visuelle chez des personnes souffrant de l'amaurose congénitale de Lebert sur un sujet britannique âgé de 23 ans.
Ce travail s'inscrit dans le cadre d'un essai de phase I qui portera sur douze patients. Cette annonce, qui a connu un écho médiatique certain dans la presse britannique, ne manquera pas d'apparaître quelque peu prématurée dans la mesure où les premiers résultats préliminaires ne seront pas connus avant, au minimum, plusieurs mois.
L'opération consiste schématiquement à injecter, avec la plus grande précision possible, au sein de l'épithélium rétinien et via l'humeur vitrée, le gène RPE65 ; gène dont la mutation est directement impliquée dans certaines formes de cécité due à une amaurose congénitale de Lebert.
Dans l'expérience britannique, le gène normal est véhiculé par un virus vecteur membre de la famille des virus adeno-associés (VAA). Cet essai est le prolongement direct de résultats récemment obtenus par une équipe de biologistes français dirigée par Guylène Le Meur et Fabienne Rolling (Inserm – CHU de Nantes) et publiés début octobre dans Gene Therapy (Rev Med Suisse 2006/2/2444). Cette équipe avait alors annoncé avoir réussi à rendre la vue à des chiens aveugles grâce à ce protocole expérimental de thérapie génique. Ce travail avait été mené sur un groupe de huit briards porteurs d'une double anomalie génétique affectant spécifiquement certaines cellules de la rétine et conduisant à une cécité totale dès la naissance.
On sait que dans l'espèce humaine l'amaurose congénitale de Leber, forme de rétinite pigmentaire, entraîne l'apparition d'une quasi-cécité dès l'enfance. Cette pathologie est la conséquence de dysfonctionnements dans les communications entre cellules rétiniennes photoréceptrices et cellules de l'épithélium rétinien.
Il est aujourd'hui établi que des mutations affectant huit gènes différents peuvent être la cause de l'amaurose congénitale de Leber. C'est parmi eux que se situe le gène RPE65.
L'expérience des chercheurs français avait consisté à transmettre aux cellules de l'épithélium rétinien un promoteur de ce gène déficient, intégré soit dans un VAA2 soit dans un VAA4.
Chez sept des huit chiens traités à un âge compris entre huit et onze mois, les chercheurs ont pu, quinze jours après l'injection, observer le retour d'une activité électrique au niveau de la rétine, témoin de la restauration de la fonction des photorécepteurs.« Nos collègues anglais ont choisi d'agir au plus vite et de le faire savoir. Ils travaillent avec un vecteur VAA de type 2 alors que nous envisageons d'utiliser un VAA de type 4 qui nous semble plus spécifique, a expliqué dans le journal Le Monde Fabienne Rolling.
Nous sommes d'autre part, en France, soumis à des contraintes réglementaires nettement plus strictes concernant notamment l'étude de la toxicité. C'est pourquoi nous ne pensons pas pouvoir commencer des essais sur l'homme avant 2009.»
On estime que l'amaurose congénitale de Lebert touche, en France, entre 1000 à 2000 enfants et que 10% d'entre eux sont porteurs d'une mutation du gène RPE65.
Source : Revue Coup d'œil Médecine - Mai 2007